LE BLOG DE JOSEPH
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27 décembre 2007
La nuit est encore noire. Il y a des lustres que je ne l’ai pas connue si vieille, dans ses derniers instants avant la lumière. La nuit est si noire que mes yeux ne peuvent y croire. Tu es debout et tu m’attends. Tu ne sais si tu dois sourire ou pleurer, courir ou marcher, te taire ou chanter. Il fait froid ce matin, mais mon cœur me dit que le soleil n’est pas loin, qu’attendre sera l’issue. Paris est belle quand elle se lève. Nos pas accompagnent son agonie pour accoucher d’un jour qui pointe son odeur et ses sons déjà bien présents pour la France qui se lève tôt, cette France que je ne connais plus. La vie est là, à chaque rue, dans chaque personne, dans cette foule qui avance et dans tes yeux qui s’embrument. La vie est en chacun nous.
La voiture s’enfonce dans le noir bleuté, et les lumières de la ville donnent à ces instants leur heure de gloire. La voiture roule vers notre avenir, vers ce pont vers l’autre rive, là où le soleil s’apprête enfin à se lever. A travers la vitre arrière, je regarde les peines, les absences, les erreurs, les amis oubliés, les rires de mon enfance, l’insouciance de mes premiers pas, les chemins délaissés et ceux que j’ai choisi d’emprunter, à travers la vitre arrière je vois s’enfuir la nuit froide et les doutes, les cœurs brisés et les rancoeurs, les filles aimées pour quelques heures et les promesses qu’on ne tiendra jamais. A travers la vitre arrière, bientôt je ne verrai plus rien.
Devant nous le jour a fini par se lever et nos mains par se rejoindre. La voiture ralentit et je sens ton étreinte un peu plus présente. Je ne sais si je serai capable du courage que tu me demandes, si je pourrai prendre un peu de cette épreuve que tu t’apprêtes à vivre. Je ne sais pas si je pourrai être à la hauteur. Alors je te souris et ma main caresse ta joue, comme la portière se referme et que nous voilà seuls sous le ciel devenu bleu. Nous voilà au bout du chemin, à quelques mètres seulement de la rive du bout de l’île. Et maintenant je sais. Je sais que je n’ai jamais été si prêt.
Aujourd’hui, trente et unième note de ma nouvelle vie.
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